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Evénementiel : une reprise compliquée

L'événementiel qui rassemble les salons et foires, les congrès ainsi que les événements d'entreprise et d'institution, est une industrie poids lourd : chaque année, d'après l'Unimev (Union Française des Métiers de l'Événement qui regroupe 450 sociétés et associations adhérentes) 1 200 foires et salons, 2 800 congrès, 380 000 événements d'entreprise et d'institutions sont organisés sur les territoires.

C’est peu de dire que la pandémie a particulièrement impacté ce secteur avec des pertes colossales.

Selon l’Unimev l’année 2020 a entraîné un manque à gagner des acteurs de la production évènementielle estimé à 16,8 milliards d'euros.

La crise sanitaire a eu des conséquences en cascade.

· 317 salons annulés ou digitalisés entre mars et décembre 2020

· 7,4 millions de visiteurs et 85 000 entreprises ont annulé leur venue à des événements

· 3,4 milliards d’euros de retombées économiques perdues pour le territoire

· 17,2 milliards d’euros de ventes non réalisées par les entreprises

· Près de 50 salons annulés ou reportés en 2021, en cause le manque de

visibilité.


Fin 2021 le secteur sort de la crise sanitaire à bout de souffle avec une société sur trois en situation de faillite et des milliers d’emplois menacés.


Mais alors que la reprise s’amorce avec force, entraînant une démultiplication de la programmation d’événements, le secteur se heurte à une pénurie de personnel, de matériel et de matières premières inédite, sur fond d’inflation galopante.


Une méta-étude menée par le R.I.F.E.L (Institut de Recherche pour les Foires, Congrès et la Communication Live) intitulée « Tendances de l’inflation pour les événements, foires congrès et salons en 2022 » montre que l’intégralité de la filière événementielle fait face à une augmentation des prix disproportionnée.

Les coûts pour des événements jusqu’à 250 participants ont augmenté de 58% par rapport à 2019, de 55% jusqu’à 600 participants et de 46% jusqu’à 1500 participants. Dans un même temps, les ventes ont baissé de -68,4%, ce qui ne fait qu’aggraver la situation. Les causes de cette augmentation drastique des coûts sont multifactorielles.

Un manque d’effectif qui impacte toute la filière.


Outre les décès dus à la Covid, la crise sanitaire a entraîné une reconversion massive de certains professionnels qui a fortement désorganisé les équipes. Une partie du personnel est partie en province, à l'étranger, ou a changé de métier, faute de visibilité. Les métiers techniques non « télétravaillables » ont perdu en attractivité et de nombreux personnels qualifiés ont dû être remplacés par des intérimaires moins formés, souvent recrutés hors de leur bassin d’emploi habituel. Cette pénurie de main d’oeuvre qualifiée est un véritable problème, puisqu’on observe une perte de -54,5% d’employés en un an. Il ne reste plus que la moitié du personnel qualifié par rapport à 2019. Ce manque est persistant et modifie le rapport de force entre salariés et prestataires, ouvrant la voie à des négociations salariales qui interviennent forcément dans le coût des prestations.

Une pénurie de matériel et de matières premières accompagnée d’une flambée des prix

La crise sanitaire a ralenti la production dans tous les secteurs.

Comme les artisans du bâtiment, le secteur de l'événementiel est victime de la crise logistique mondiale. Il souffre d’importantes carences en matériel : le ralentissement de la production de composants électronique couplé à l’augmentation de la demande a déséquilibré le marché. Les délais d’approvisionnement ne sont plus garantis. La disponibilité en matériel comme les spots ou les écrans LED pour les murs d’images par exemple est en forte baisse.

L’approvisionnement en bois, en produits ignifugés, en aluminium, en verre, en matières plastique et en carton est également sous tension. Des produits basiques comme le mélaminé de couleur, les moquettes et autres revêtements de sol ont augmenté de 30 à 40 %.

Les délais de livraison et de commande augmentent également tous deux en raison de la charge de travail des fournisseurs. Les matériaux de construction, l’audiovisuel, et le mobilier de location enregistrent également des délais de livraison plus longs qu’en 2019.

A ces problèmes de pénurie de personnel, de ralentissement de production et de difficultés d’approvisionnement vient s’ajouter la crise internationale du fret, considérablement majorée par la guerre en Ukraine.

Le contexte géopolitique actuel influe sur la capacité des navires et les crises de matières premières et de mains d’œuvre génèrent des congestions importantes dans les différents ports internationaux. En quelques mois le prix des conteneurs a été multiplié par 100. On aurait pu penser que le fret aérien serait une alternative possible, mais le manque de capacité à bord des avions reste l’un des problèmes majeurs de la reprise post-covid et semble s’accentuer depuis le début de la guerre en Ukraine et les sanctions prises contre la Russie.

Ce manque de disponibilité se fait ressentir dans l’augmentation du prix du fret aérien et maritime.

Enfin, la hausse du coût de l’énergie, crise structurelle de nos sociétés, achève de contraindre drastiquement le secteur et ses perspectives d’expansion.


Conséquences pour les différents secteurs de la filière


La conséquence immédiate de cette problématique sur les activités des professionnels du secteur est l’énorme difficulté pour les directeurs techniques de chiffrer les demandes, de tenir les délais prévus et de contenir les coûts pour des prestations identiques. De même garantir les devis dans le temps devient extrêmement aléatoire.

L’augmentation continue depuis 2019 de l’indice BT01 qui mesure l’évolution du coût des facteurs de production dans le bâtiment (salaires et charges, coûts des matériaux, matériels, énergie, etc.) est la traduction claire de ce marasme économique.

De par les spécificités du secteur de l’événementiel qui génèrent elles aussi des coûts additionnels - citons par exemple la nécessité pour les organisateurs d’événement d’anticiper de possibles restrictions sanitaires pour la période hivernale (réduisant l’année événementielle à 6 mois au lieu de 12) ainsi que les exigences de plus en plus strictes en termes d’hygiène et de durabilité (désormais incontournables de tout concept événementiel) - l’augmentation de cet indice est fortement majoré pour la filière, pouvant atteindre jusqu’à 20 % d’augmentation pour les prestations vendues en 2023 par les organisateurs d’événement et les agences de design et stand.

Christine Wirtz

Sources : sympase.fr–business.lesechos.fr – anil.org – levenement.org


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